Le rap français est-il condamné à la vulgarité? La tendance serait-elle une nouvelle façon d'exprimer son talent? La fascination pour la violence et le bling bling définissent-elles désormais ce genre venu de la rue? C'est pas ce que pense KOMO SARCANI.
Né à Brazzaville (au Congo) et ayant grandi à Pointe-Noire, ce rappeur a évolué dans les quartiers populaires de la ville portuaire du pays, où il commence par la danse avant se lancer dans l’art de la rime. Premier garçon d'une famille de 8 enfants, fils d'un entrepreneur et d'une mère politicienne, KOMO a grandi comme il pouvait. C’est après la séparation de ses parents qu’il commence à fréquenter la rue et ses pièges.
À 14 ans, KOMO se définit déjà comme un maitre de cérémonie (M.C.) et faisait des concours de danse avec les potes de son quartier. «J’avais la coupe afro avec des traits dessus, des vêtements ‘flashy’, des baskets ‘coquées’, tout l’accoutrement du B.boy!», se souvient-il.
Le pays ne disposant de structures pour développer la danse, KOMO se lance alors dans l'écriture de poèmes et de textes de Rap. Son inspiration lui vient de ses idoles de l'époque ‘Public Enemy’, ‘Fresh Prince and Jazzy Jeff’ et bien d'autres. «Pourtant, je ne comprenais rien à leurs textes mais je ressentais quelque chose, ça me donnait envie de faire pareil» se rappelle KOMO. C’est au départ avec son cousin KARLITO (Mafia K’1 Fry) qu'il se lance officiellement dans la chanson. En 1996, il forme le groupe LOGICIK, et fait la connaissance de celui qui deviendra son mentor et architecte sonore, en la personne n'est que Dr MFUMA STRONG.
Avec de dernier, il écume la scène Pointenégrine. C’est à cette même époque que STRONG associe le pseudo KOMO à SARCANI (référence cinématographique). C'est de là que nait le blaze de KOMO SARCANI. «On était en studio le jour où il m'a dit, c'est cool si ton nom de scène se mélange à un nom mafieux».
La disparition de STRONG laisse KOMO SARCANI et son groupe dans un doute absolu, et il fut difficile de remonter la pente sans cette légende pour les épauler.
Titulaire d'un bac L, KOMO SARCANI décide de poursuivre ses études supérieures. Le pays étant en pleine guerre civile, il était difficile d’accéder à la Fac dans ces conditions. En 2000, il quitte définitivement le Congo avec sa mère et ses sœurs, direction la France. Il atterrit alors dans la cité Grandcoing à Villetaneuse(93) où il rencontre alors L'ARME X (D-FLY, BLAZ, RENO, ZERPO, etc.) avec lesquels il continue son odyssée musicale.
Un premier projet, la compilation « Marchands de fables », sous la production sonore de BATOS aka YA BATAMIO est distribuée par lui-même dans les magasins spécialisés de Paris et ceux de province (Lille, Toulouse, Marseille, Rennes, etc.). «Ce projet m'a permis de faire mon entrée dans l'univers professionnel de la musique. Je considère cette compilation comme une carte de visite, car elle m'a aussi permis de sillonner la France pour faire de la promo en toute indépendance ».
Travailleur acharné, KOMO SARCANI ne cesse d’écrire, de promouvoir, d’agir pour la musique, sa passion. C'est au décès de son ami D-FLY qu'il décide de faire un album avec BLAZ. L'album «Double Langage» voit le jour en 2006 et connait un bon succès. « J'ai été surpris par l'engouement du public, car je ne savais pas que mes paroles touchaient les gens» dit KOMO. La distribution de ce disque se fit via Label M Publishing, avec une distribution dans la France entière.
Avec des clips comme «Tu croyais quoi» et «1 morceau comme 1 autre», KOMO SARCANI passe en rotation sur les chaines du câble comme Zik Tv, La Locale et Trace TV, mais cela lui permet aussi de se faire connaître par la presse musicale.
KOMO SARCANI donne le ton en explorant le Hip-Hop Underground de Paris, s'autoproclamant «The Underground King», pour son côté militant et puriste. Il travaille ses textes très réfléchis et conceptuels, mais a également la particularité d’être à l’aise sur tous les sujets. Il joue avec les images, les mots, et aussi avec son flow unique. À l'heure où le Rap français essaie de trouver son équilibre, notre artiste se veut différent en s'éloignant de la tendance actuelle. «Aujourd'hui, le rap est devenu un effet de mode tout le monde s'y est mis, et c'est en calquant leurs idoles ou leurs références qu'ils fondent leurs carrières. Ils ne connaissent même pas l'histoire de cette musique, c'est vraiment dommage».
Pour confirmer sa motivation à faire avancer le milieu underground, il sort un maxi en format vinyl (« Fume Mon Mic », disponible dans les magasins spécialisés de la capitale depuis Janvier 2008). Mais c’est à l’étranger, en Hollande et en Angleterre, où ce maxi-vinyl trouve une énorme succès. Ce projet est actuellement en téléchargement légal sur Internet. « Le fait d’être dans un délire assez différent m'a permis de signer un contrat avec un label de distribution numérique», et pour appuyer ce maxi, il a tourné les clips «Fume mon Mic» et «Intelligence» (ce dernier sera bientôt disponible).
Au fait, pourquoi KOMO SARCANI ? « Mon nom est Comault. Il s'est transformé en KOMO. Concernant SARCANI, c'est juste en référence à une ancienne série télévisée où évoluainet des amis prénommés Carpenna, Zérone et Zarcani ».
À l’écoute du premier maxi de KOMO SARCANI, on ne saurait mieux définir le talent manifeste de ce MC hors des clichés, qui se veut un artiste loin des discours faciles du ghetto.